
Moscou, ville invitée
Après Buenos Aires en 2011, le Salon du livre invite Moscou en 2012, une autre grande ville littéraire. Impossible d’oublier le déchirant « A Moscou, à Moscou !» des Trois sœurs de Tchekhov, impossible d’imaginer un autre cadre au Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, aux Poèmes sur Moscou de Marina Tsvetaeva, à Moscou-Petouchki de Venedikt Erofeev, ou à La Saga moscovite de Vassili Axionov…
Moscou, en ce début du XXI e siècle, est devenue une mégapole, la ville la plus peuplée d'Europe avec 15 millions d'habitants. « Mère de toutes les cités », «Troisième Rome », « Mecque du communisme », capitale d’un immense territoire aux richesses fabuleuses, elle n’est pas peu fière de son nouveau titre de « Géante capitaliste » où se concentrent tous les pouvoirs, politiques, financiers, intellectuels, du pays. Pour évoquer « la ville des mille et trois clochers et des sept gares » chère à Blaise Cendrars ou l’emblématique Moscow-City, le symbole de la modernité, dix-sept écrivains russes, originaires de la capitale ou inspirés par elle, rencontreront le public français durant toute la durée du Salon du livre. Un moment fort de la saison « France - Russie 2012, Langues et littératures » mise en œuvre par l’Institut français et le Gouvernement de Moscou en partenariat avec l’Agence fédérale russe pour la presse et la communication.
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| M. Boris Akounine |
![]() © Jerôme da Cunha |
Né d'un père géorgien et d'une mère russe d'origine juive Boris Akounine, de son vrai nom Grigori Chalvovitch Tchkhartichvili, vit à Moscou depuis 1958. Il a été tour à tour ou simultanément essayiste, traducteur littéraire, et romancier. Son pseudonyme a deux origines. D'un côté, "akunin" est un mot japonais (悪人) qu'on pourrait traduire, en fonction du contexte, par " bandit " (plus précisément " mauvais homme "). Dans son roman Le Chariot de diamant, l'auteur définit un akunin comme étant celui qui crée ses propres règles. Par ailleurs, son pseudonyme de romancier, sous la forme " B. Akunin " (initiale du prénom et nom complet), ferait également référence au célèbre anarchiste russe Bakounine. Japonisant, Boris Akounine, très marqué par le théâtre Kabuki, avait intégré la section d'histoire et de philologie de l'Institut des pays d'Asie et d'Afrique à l'université d'État de Moscou où il a ait donné ensuite des cours de civilisation japonaise. |
Membre en 1986 de l'équipe de la prestigieuse revue littéraire russe Inostrannaïa Literatoura ("Littérature étrangère"), il en est devenu le rédacteur en chef adjoint en 1993, jusqu'à ce que le succès de son œuvre romanesque le pousse à quitter la revue en octobre 2000. Boris Akounine supervise, depuis 1996, la publication d'une Anthologie de la littérature japonaise en vingt volumes. Il préside également le directoire du " Pushkin Library Project ", financé par George Soros.
Auteur d'un essai sur L'Écrivain et le suicide, de nombreuses critiques littéraires, de traductions en russe depuis le japonais et l'anglais, ce sont ses romans policiers de la série Errasse Pétrovitch Fandorine, qui l’ont rendu internationalement célébre. Une œuvre romanesque est d'ores et déjà traduite en allemand, anglais, français, italien et japonais. Sur le territoire de la seule Russie, les ventes totales de ses ouvrages atteignent régulièrement le chiffre impressionnant de quatre millions d'exemplaires annuels.
Deux de ses séries ont pour cadre les dernières décennies de la Russie tsariste, mais Boris Akounine a également entrepris un nouveau cycle, contemporain celui-là, ayant pour héros le petit-fils d'Eraste Fandorine.
Avec Ludmila Oulitskaïa, Dmitri Bykov, Boris Akounine intervient activement dans la vie politique de son pays.
Le faucon et l’hirondelle
Traduit du russe par Odette Chevalot, Presses de la cité, (sept 2011)

Moscou, 2009. Alors que la crise financière bat son plein et que la situation de Nicholas Fandorine est calamiteuse, Cynthia, sa richissime tante britannique, lui offre, pour lui changer les idées, une croisière à bord du paquebot le Faucon. Au cours de la traversée, elle lui remet deux précieux manuscrits provenant du château familial : un courrier daté de 1702 et signé d'un certain « Epine », et un fragment de lettre ou il est question d'un fabuleux trésor. Passionné d'histoire et fasciné par sa généalogie, Nicholas se lance dans le déchiffrage des documents. Il découvre que le mystérieux Epine n'est autre que sa lointaine ancêtre Laetitia von Dorn, une jeune fille allemande délurée et courageuse qui, déguisée en homme, s'est embarquée sur l'Hirondelle, un navire corsaire, dans le dessein de retrouver un trésor de pirates enterré quelque part aux Antilles...
Raconté en partie par un perroquet japonais dont la sagesse n'a d'égale que l'intelligence, ce roman plein d'humour fait revivre avec panache l'univers fascinant des navires corsaires au XVIIIe siècle.
| M. Iouri Bouïda |

Né en 1954, à Kaliningrad, Iouri Bouïda a publié plusieurs romans depuis 1992, chez Gallimard, Le Train zéro (1998), Yermo (2002), La Fiancée prussienne et autres nouvelles (2005), Potemkine ou Le troisième cœur (janvier 2012) et chez Interférences : Epître à madame ma main gauche (2010).
Dans des formes tout à fait novatrices, abondant en digressions et en dialogues métaphysiques, les romans de Bouïda poursuivent la tradition du roman russe par leur passion pour les questions éternelles de l’existence et par leur sentimentalité étrangement associée à de la cruauté.
© DR
Potemkine ou Le troisième cœur
Traduit par Sophie Benech, Gallimard, 2012 

Quelques années après la fin de la Première Guerre mondiale, des dizaines de milliers de Russes ayant fui la révolution bolchévique sont installés en France. Fiodor Zavalichine, aussi appelé Théo, en fait partie, mais contrairement à beaucoup de ses compatriotes il a plutôt réussi son intégration, et son travail de photographe lui permet de vivre correctement. Sa vie se déroule sans accrocs jusqu’au jour où il se rend dans une salle de cinéma parisienne pour assister à une projection du chef-d’œuvre d’Eisenstein, Le Cuirassé Potemkine. Nous sommes en novembre 1926, et quand il découvre sur grand écran la reconstitution impressionnante de ce massacre dans le port d’Odessa, sa vie bascule. Car en 1905, il avait pris part en tant que militaire à la répression de la mutinerie au sein de la flotte russe, sans avoir conscience de la gravité des faits. Maintenant, en voyant les images de ce film mythique, il est soudainement convaincu d’avoir participé à un crime… Il se précipite au commissariat le plus proche pour faire des aveux – dont la police française ne sait que faire – puis essaie de soigner ses remords et sa culpabilité dans un hôpital psychiatrique. C’est là qu’il apprend dans les journaux le récit d’un horrible fait divers : sept femmes sont retrouvées égorgées dans une fosse commune à Deauville. Il attribue sans hésitation ce massacre à son ancien compagnon d’armes et grand mutilé, Ivan Domani, pour qui il avait justement accepté de faire des photos érotiques de sept jeunes créatures. Débute alors pour Théo un long périple chaotique, entre violence et rédemption, qui mettra notamment une jeune fille appelée Mado sur sa route…
Potemkine ou Le troisième cœur est un livre stupéfiant, qui nous confirme plus que jamais que Youri Bouïda occupe une place de choix dans la grande tradition littéraire russe.
| M. Dmitri Bykov |
![]() © DR |
Personnage marquant de la scène littéraire russe, Dmitri Bykov (né en
1967) est romancier, poète, mais aussi présentateur de télévision et
journaliste. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes et de
nouvelles, ainsi que de cinq romans, dont La Justification, publié aux
éditions Denoël en 2002. Depuis bientôt un an, ce chroniqueur inlassable de la vie politique russe, qui allie une fine observation à un exceptionnel talent de versificateur, nourrit un projet artistique original baptisé « Le citoyen poète ». Tous les quinze jours, un nouvel épisode de ce feuilleton satirique est mis en ligne, sous forme d'une vidéo de quelques minutes, sur le portail f5.ru. |
A sa parution dans la fameuse collection « La vie des hommes remarquables », sa biographie de Boris Pasternak a fait sensation. Elle a obtenu en 2006 deux des principaux prix littéraires russes.
Boris Pasternak
Traduit par Hélène Henry, Fayard, 2011

Pasternak est, avec Mandelstam, Tsvétaïéva et Akhmatova, l’un des « quatre grands poètes » que nous aura donnés le vingtième siècle russe. C’est aussi l’auteur du mondialement célèbre Docteur Jivago, dont la parution, en Italie, lui a valu d’être banni de l’Union des écrivains et de devoir refuser, en 1958, le prix Nobel de Littérature. Son recueil inaugural, Ma sœur la vie, à l’été 1917, invente une poétique de l’instant, où des « millions de révolutions » intimes font signe à l’histoire. L’époque, que domine bientôt le « démon du temps » Staline, fait de Pasternak, malgré lui, un poète épique. S’il a pensé un instant dire oui au monde soviétique, c’est pour le refuser avec une force accrue dans un vaste roman qui proclame, sous un ciel de guerres et d’insurrections, la prééminence de l’amour et de la poésie sur toute politique.La tragédie collective et celle de l’écrivain – amours passionnées, souffrances familiales, arrestations de proches, morts et séparations, sourd combat avec l’officialité, esquives ou actes de courage – se racontent ensemble, faisant de la vie même de Pasternak, amère et heureuse à la fois, la chronique d’un siècle cruel. Journaliste et très bon investigateur, mais aussi poète et romancier, Dmitri Bykov a utilisé, pour élaborer ce livre, la plupart des sources aujourd’hui disponibles. Son admiration pour Pasternak, la connaissance minutieuse qu’il a du personnage, son impartialité, sa verve font de cette immense enquête un ouvrage qui ranime et rénove tout ce que l’on savait du poète – le contexte littéraire, familial, culturel et politique – et qui invite, au fil des 944 pages, à une relecture active de son œuvre.
« La grosse biographie qui lui est consacrée, écrit Dominique Fernandez, est un chef-d'œuvre du genre : car elle ne fait pas moins de part à l'analyse des œuvres et de ce qui fait l'originalité du lyrisme pasternakien qu'au récit des événements historiques au milieu desquels cet homme qui n'avait aucune vocation à se mêler de politique eut à se débattre. Ce fut là son tourment, sa croix, qu'il partagea avec un Chostakovitch : comment réussir à publier, à vivre sous la dictature sans pactiser peu ou prou avec elle? »
| M. Mikhaïl Chichkine |
Né en Russie en 1961, Mikhaïl Chichkine s’installe en 1995 près de Zurich. En décembre 2000, il obtient le Booker Prize russe pour son roman La Prise d’Izmaïl (Fayard, 2003), qui le place d’emblée au premier rang des auteurs russes contemporains. Il a aussi publié Dans les pas de Byron et Tolstoï (Editions Noir sur Blanc, 2005), prix du Meilleur Livre étranger ; La Suisse russe (Fayard, 2007), et Le Cheveu de Vénus (Fayard, 2007), qui a reçu en Russie le Big Book Prize 2006 et le prix National Best-Seller 2006. Il est le seul écrivain russe à avoir reçu les trois plus prestigieux prix littéraires russes pour deux livres, La Prise d’Izmaïl et Le Cheveu de Vénus.© DR
Deux heures moins dix
Traduit par Nicolas Véron, Noir sur Blanc, 2012 

Au premier abord, tout paraît simple : elle, lui. Alexandra, Vladimir. Des lettres. Une datcha. Un premier amour. Mais le destin n’aime pas les choses simples. Un papier glissé dans une enveloppe fait exploser leur monde, déchire les liens temporels. Vladimir part à la guerre, au loin. Le passé se mêle au présent : Shakespeare et Marco Polo, les aventures d’un pilote arctique, une enfance dans la campagne, la prise de Pékin par des soldats russes… Les questions sont éternelles : la guerre, la famille, la solitude, le bonheur. Les amoureux vont à la rencontre l’un de l’autre, tentant de réinventer entre eux le lien temporel et spatial qui a été brisé. C’est un roman sur le mystère. Mystère de l’amour, mystère de la mort.« Seules les lettres qui n’ont jamais été écrites n’atteignent pas leur destinataire. Il y a un genre particulier d’échange épistolaire, pour lequel les distances, les années, la mort n’existent pas. Tout est question de rimes. Tout dans le monde rime avec tout. Ce sont ces rimes qui assemblent le monde comme avec des clous, ce sont elles qui le font tenir sous nos crânes pour qu’il ne s’éparpille pas. » (Mikhaïl Chichkine)
Roman épistolaire, roman polyphonique, extraordinaire roman d’amour : Deux heures moins dix est tout cela à la fois. Chichkine crée un lieu hors du temps et de l’espace, le lieu de la correspondance, avec une inventivité stylistique et narrative exceptionnelle.
| M. Léonid Guirchovitch |
L’auteur, né en 1948, dans une famille de musiciens, a fait des études de violon au Conservatoire de Saint-Pétersbourg. Il a quitté l’URSS dans les années soixante-dix pour Israël et vit en Allemagne depuis près de vingt ans. Premier violon à l’Opéra de Hanovre, son œuvre comprend plusieurs romans (Apologie de la fuite, 2004, Têtes inverties, 2007) et des essais sur la musique.© François Laralmy
Schubert à Kiev
Traduit par Luba Jurgenson, Verdier, 2012

Ukraine, 1942. L’éphémère indépendance du pays a laissé place à un régime de terreur. Les Juifs ont été massacrés à Babi Iar, à l’exception de ceux qui se cachent. L’héroïne, qui élève seule sa fille de 18 ans, fait l’objet d’un chantage de la part du metteur en scène de l’Opéra : ayant découvert l’identité du père de la jeune fille, il tente de contraindre la mère à une liaison à trois.| M. Andreï Guelassimov |
© DR |
Andreï Guelassimov est né en 1965 à Irkoutsk. Après des études de lettres, il part à Moscou suivre au Gitis (l’Institut d’études théâtrales) les cours du prestigieux metteur en scène Anatoly Vassiliev. Spécialiste d’Oscar Wilde, il a enseigné à l’université la littérature anglo-américaine. Fox Mulder a une tête de cochon, son premier livre, a été publié en 2001. La Soif (Actes Sud, 2004), son second ouvrage, un récit sur la guerre de Tchétchénie publié en Russie en 2002, a confirmé sa place sur la scène littéraire russe. Il a été la révélation des Belles Etrangères russes en France à l’automne 2004, et son roman L’Année du mensonge a été consacré par le Booker Prize des étudiants en 2004. Parallèlement aux Dieux de la steppe, roman de facture classique, Andreï Guelassimov, avec Rachel, a choisi l’expérimentation. |
Rachel
Traduit par Joëlle Dublanchet, Actes Sud, 2010

L’auteur a choisi de raconter ici la vie d’un « petit homme », un thème récurrent de la littérature russe. Celle d’un vieux professeur d’université, Sviatoslav Semionovitch Kaufman, qui n’est pas sans rappeler le professeur Astrov d’Oncle Vania.Trois fois marié. D’abord avec Liouba (« sa » Rachel alors que lui s’identifiait à Jacob), quand, doctorant, il devait, lui le grand spécialiste de Scott Fitzgerald, travailler comme infirmier dans un hôpital psychiatrique. Heureusement un collègue de travail l’entraînera danser le boogie-woogie… et lui fera découvrir la folle vie des mythiques années soixante, petite bouffée de liberté dans la grisaille soviétique. C’est là aussi qu’il rencontrera Véra, sa seconde épouse, dont il aura un fils.
Vingt ans plus tard, Natalia, une jeune étudiante, lui fera perdre la tête avant de lui préférer un agent du KGB. Ce qui n’est pas très bon pour le moral, on le reconnaîtra. Surtout quand il sera obligé pour éviter à sa belle-fille enceinte de graves ennuis, de demander à son rival d’intervenir auprès de la police.
De toutes façons, le moral, le héros de Guelassimov, ne l’a pas vraiment. Il est cardiaque, a du mal à supporter la trahison de sa dernière femme, oublie d’être russe dans une veillée funèbre et juif à un enterrement… Bref, il est toujours là où il ne devrait pas être, à côté de la plaque.
Andreï Guelassimov, d’habitude plus classique, s’est essayé ici à la déconstruction, à une narration en miroir qui tresse avec bonheur références bibliques, histoire des années 60 à 90 et drame familial.
| M. Mikhaïl Iasnov |
© DR |
Né en 1946 à Leningrad, Mikhaïl Iasnov est poète, traducteur, historien
de la littérature et auteur jeunesse. Il est membre de l'Union des
écrivains depuis 1982, membre du Conseil de l'Union des écrivains de
Saint-Pétersbourg et président de la section de traduction de l'Union
des écrivains. Il est également responsable de l’atelier de traduction à
l'Institut Français de Saint-Pétersbourg et membre du PEN-Club. Il est l’auteur de sept recueils de poésie lyrique (dont le dernier est Ambidextre, 2010) et de plus de soixante livres de poèmes et de prose pour les enfants, ainsi que de nombreuses traductions, principalement de la poésie française. |
Il a traduit en russe de grands auteurs français, entre autres, Apollinaire, Prévert, Verlaine, Valéry, Cocteau, Rimbaud, Ionesco et est l’éditeur de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand.
Il a également publié des contes bretons et autres contes français et une anthologie de poèmes français pour enfants et a participé à la traduction du corpus fondamental de folklore français Sur le chemin à Louvière. A quoi s’ajoutent de nombreuses publications (traductions, articles) dans des revues, almanachs et recueils.
Mikhaïl Iasnov est lauréat de nombreux prix : Prix Vaksmakher 2003, décerné par l’ambassade de France en Russie pour la meilleure traduction de l’année (G. Apollinaire, L’Enchanteur pourrissant, Le poète assassiné), Prix Marchak, Prix «Les voiles écarlates» (mention poésie), Prix Tchoukovski.
| M. Ilya Kotcherguine |
Ilya Kotcherguine est né en 1970 à Moscou où il vit toujours. Après des études secondaires, des emplois précaires, des chantiers de restauration de monastères, des études de chimie appliquée, il se met à l’apprentissage du chinois, ce qui lui permettra d’être engagé par un homme d’affaires de Chine qui fera rapidement faillite. Après d’autres déboires et une douloureuse séparation, Ilya Kotcherguine part en Sibérie où il devient garde forestier dans le parc naturel de l’Altaï. C’est là qu’il commence à écrire. Revenu à Moscou en 1999, il entre à l’Institut de littérature Maxime-Gorki. Auteur de nouvelles publiées dans Novy Mir, son roman L’Assistant du Chinois, largement autobiographique, publié par Eksmo comme tous les écrivains prometteurs de sa génération, est paru en français en 2005 (Actes Sud). © DC
Je suis ton petit-fils
Traduit par Joëlle Roche-Parfenov, Actes Sud, 2009

Ilya Kotcherguine nous raconte, à la première personne, le séjour du narrateur, en 2005, à Passa Porta une résidence pour écrivains en Belgique dont il était l’invité avec Ludmila Oulitskaïa. Le contexte — un temps fort des échanges culturels avec la Russie, 130 concerts, 250 manifestations, la venue de Poutine à Bruxelles.Il décrit très bien l’étrange sentiment, qui va jusqu’à l’angoisse, de l’auteur venu « écrire » dans un temps donné, le temps de son séjour. Il doit profiter de conditions idéales pour créer, faire face à des obligations sociales, rencontrer ses lecteurs, parler de son œuvre... alibis bienvenus pour celui qui fuit son ordinateur et la page blanche.
Le sujet de son propre livre en cours ne cesse de le tarauder — l'histoire de ses grands-parents, tout spécialement de son grand-père, un haut dignitaire soviétique, un proche collaborateur de Staline, qui a séduit sa grand-mère avant de l’épouser sur le tard.
Au hasard de ses rencontres, il se fait courtiser par un homme, a une brève liaison avec une jeune femme qui parle un peu russe...
Ilya Kotcherguine sait rendre à la perfection le malaise (qu’il soigne au vin et à la bière) de « l’écrivain russe en pays étranger » qu’on prend à témoin de l’Histoire en train de se faire... Et puis être loin de chez soi… rien de mieux pour retrouver ses racines, se souvenir de son autre vie où on chassait l’ours en Sibérie et qu’on mangeait même du chien.
Au bout du compte, sans avoir l’air d’y toucher, un jeu de miroir entre Russie et Occident, entre les générations avec en toile de fond l’évocation de diverses vies dans un pays qui s’appelait l’URSS.
| M. Sergueï Makhotine |
© DR |
Né à Sotchi en 1953, il a suivi des études de cinéma à
Saint-Pétersbourg, puis il poursuit son cursus à l’Institut Littéraire
Gorki de Moscou. Il exerce les métiers les plus divers : assistant
ingénieur du son à la télévision (Sotchi), manutentionnaire sur des
expéditions géologiques en Sibérie, asphalteur à Saint-Pétersbourg,
rédacteur en chef de la revue juridique spécialisée Kodeks… Sergueï Makhotine collabore à de nombreuses revues pour enfants et produit et anime des émissions de radio pour la jeunesse. |
Il a publié une trentaine de livres pour l’enfance et la jeunesse et a reçu des prix comme le prix « Les voiles écarlates », le prix Marchak ou encore le prix Tchoukovski.
| M. Iouri Mamleev |
© DR |
Né en 1931 à Moscou, Iouri Mamleev est, pour ses cadets – les auteurs «
vedettes » d’aujourd’hui en Russie, tels que Sorokine – un «
incontournable ». En effet, son écriture très particulière est une
source d’influence pour les auteurs qui font la littérature russe
actuelle. Dans les années 1970, Iouri Mamleev émigre d’abord aux États-Unis, puis en France, avant de repartir à Moscou. Il a été découvert en France par son roman, Chatouny, et son recueil de nouvelles, La dernière comédie, publiés à la fin des années 1980 chez Robert Laffont. Chatouny, publié ensuite dans la collection Motifs au Serpent à Plumes, et Les Couloirs du temps (Serpent à Plumes) bénéficient d’une excellente presse. Il est également l’auteur d’un traité philosophique (Le Destin de l’être) et d’un essai (Au-delà du bouddhisme et de l’hindouisme), œuvres à ce jour non traduites en français. |
Les couloirs du temps
Traduit par Anne Coldefy-Faucard, Le serpent à plumes, 2004.

Une grande partie de l'action se déroule dans une sorte d'abri souterrain abandonné, en banlieue de Moscou. Un groupe humain et social y évolue, privilégié au temps de l'URSS lorsqu'il savait se montrer docile, aujourd'hui, négligé, et livré à lui-même : les intellectuels. Les habitants du souterrain sont donc des écrivains, des peintres, des savants de renom qui n'ont plus leur place dans une Russie qui ne s'intéresse désormais qu'à l'argent. Une communauté « de survie » se crée ainsi, chacun essayant de renouer le fil rompu du temps et de sa propre existence. Personnages « cassés » délirants, perdus dans des rêves – ou des cauchemars où l'au-delà et l'ici-bas se confondent, les héros évoquent des ombres, prisonnières d'un éternel enfer. Le monde des morts et celui des vivants n'a pas de frontières précises, le temps « erre » avec les personnages qui passent sans transition d'une époque historique ou littéraire à l'autre.| M. Mikhaïl Mokienko |
© DR |
Né le 7 mars 1957 à Leningrad, il est diplômé de l’Institut National du
théâtre, du cinéma et de la musique de Leningrad, dans la section
interprétation théâtrale. Il est metteur en scène et acteur au Théâtre pour enfants de Saint-Pétersbourg et auteur de plusieurs livres pour enfants (Comment les Baba-Yaga fêtèrent le Nouvel an), et de plus de vingt pièces qui ont toutes été mises en scènes. Il a également été, pendant près de six ans, le meneur de jeu de l’émission quotidienne pour enfants « Les contes de Pépé Mokeï » sur « 100 TV ». Il a été récompensé par de nombreux prix pour ses scénarios et mises en scène, dans des festivals de théâtre pour la jeunesse. De 2001 à 2008, il a travaillé comme auteur et metteur en scène au Festival du Conte russe de Souzdal. |
| M. Maxime Ossipov |
© DR |
Maxime Ossipov est né en 1963 à Moscou. Issu d’une famille
d’intellectuels, il fait des études de médecine et, en 1991 (encore sous
le régime soviétique), il soutient une thèse de doctorat, « un chemin
tout à fait traditionnel », écrit-il. Il fait ensuite un voyage d’études aux États-Unis. Après un an, il ne souhaite pas prolonger son séjour. Il revient donc en Russie, travaille dans différents instituts et fonde une maison d’édition spécialisée dans la traduction en russe d’ouvrages scientifiques étrangers. Il explique : « Mon père était écrivain. Je l’ai vu se débattre toute sa vie entre éditeurs censeurs et correcteurs soviétiques. Peut-être est-ce de là que m’est venu le désir, non d’avoir un pouvoir sur les mots, mais du moins d’en disposer librement. » |
« Mon grand-père était médecin. Envoyé en 1932 au Belomorkanal, puis libéré en 1945, il est toutefois interdit des 100 km. Il s’est donc installé à 117 km au sud ouest de Moscou, à Taroussa où il est mort en 1968. » (Il était en effet interdit, pour les anciens prisonniers du Goulag, de vivre à moins de 100 km d’une grande ville.)
Ma province
Traduit par Anne-Marie Tatsis-Botton, Verdier, 2011

Le choc avec la réalité quotidienne dans l’exercice de son métier l’amène à écrire le premier récit de cet ouvrage. Il y fait une description sans concession de l’état de la société et des hôpitaux, et surtout de la misère mentale de tous les laissés-pour-compte de la Russie provinciale de l’après-perestroïka. Il rapporte aussi, sous le mode comico-épique, ses démêlés avec les autorités en place qui aboutissent à un scandale national.Ce regard lucide et parfois cruel ne va pas sans une certaine compassion, voire une tendresse à l’égard des personnages de La Rencontre, le second récit du recueil, œuvre de fiction où les mêmes événements sont vus à travers le prisme de trois vies différentes. Malgré la violence et les difficultés, des rencontres improbables restent encore possibles – entre peuple et intelligentsia, croyants et athées, juifs et orthodoxes, alcooliques paumés et hommes d’action responsables…
Dans ce livre si attachant et sensible, un féroce refus de l’impuissance se manifeste à travers ce qu’Ossipov désigne comme le temps réel, celui du moment opportun qu’il faut savoir saisir, celui de l’instant présent, imparfait et incertain, mais qui seul est à même d’accomplir ce que d’autres appellent des miracles.
| M. Zakhar Prilepine |
![]() © DR |
Zakhar Prilepine est né en 1975 dans un petit village de la région de Riazan. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages poétiques ainsi que d’essais. Il a été vigile dans une boîte de nuit puis manutentionnaire, barman et s’engage dans les deux guerres tchétchènes en 1996 et 1999. Après son retour de la deuxième campagne, il travaille comme rédacteur en chef d’une revue people. Pour contrecarrer cette expérience « journalistique », après le travail, il se consacre à son premier roman, Pathologies (éditions des Syrtes, 2007), qui sera achevé quatre ans plus tard, un roman qualifié par la critique comme « la première œuvre dans la littérature russe qui montre la guerre en Tchétchénie telle quelle ». Son roman lui a valu une nomination au prestigieux prix russe « Natsionalny » du meilleur livre de l’année, et devient best-seller en 2005. |
Le Péché (prix Supernatsbest pour le meilleur livre de la décennie écoulée), traduit en français aux éditions des Syrtes, est un roman plus léger qui rapporte les fragments de la vie de son auteur à travers le personnage d’un jeune trentenaire, plein de force et de volonté de vivre aux prises avec la réalité russe. Roman prémonitoire, San’kia, publié chez Actes Sud, dresse le portrait de jeunes révoltés.
Rédacteur en chef d’une édition régionale de Novaïa gazeta (le journal où travaillait Anna Politkovskaïa) et d’une Agence, Prilepine est aussi un militant politique proche d’Edouard Limonov.
La réalité rejoignant la fiction, Zakhar Prilepine est l’un des « personnages » du roman Limonov d’Emmanuel Carrère.
Des chaussures pleines de vodka chaude
traduit par Joëlle Dublanchet, Actes Sud, 2011

Onze nouvelles qui passent sans crier gare du comique au tragique où Zakhar Prilepine, à sa façon – brutale et somptueuse –, parle des femmes, des « potes », de l’amour, de l’amitié, de la trahison, de la guerre, de comment on devient un homme, de la campagne russe qui se meurt…Les héros de ces histoires de voitures déglinguées, de chien qu’on s’apprête à manger bravement, de filles délurées, de patrouilles en Tchétchénie, de chaussures trop étroites… sont des jeunes gens “paumés” dans la nouvelle Russie.
« Attablés ou non devant un verre, on se parlait avec cette bonté tendre, cette attention affectueuse qu’on ne rencontre que quand on est gosses, lorsque, âgés d’une douzaine d’années, après une bonne partie de pêche, une belle averse généreuse dont on avait essayé de se protéger sous des buissons peu efficaces qui nous égratignaient, on marchait en compagnie d’un copain complètement oublié depuis, à travers une prairie d’une beauté insoutenable, et que l’immense joie du monde nous avait, pour la dernière fois peut-être, rendus bons, honnêtes, joyeux, et pas du tout, mais alors pas du tout adultes. »
Il y a un ton « Prilepine », à coup sûr celui d’un grand écrivain.
| M. Lev Rubinstein |
© DR |
Né en 1947, à Moscou, il se fait actuellement le chroniqueur amusé et perspicace de la Russie contemporaine. Avec Dmitri Prigov, il a été une figure prépondérante du groupe non officiel des conceptualistes, qui, au milieu des années 1970, a formé à Moscou une avant-garde inventive et insolente. En 1975, il est bibliothécaire et inaugure un nouveau genre artistique relevant de la poésie et du théâtre à la fois, en réponse à un besoin de « surmonter la force d’inertie de la page » : le « texte-sur-fiche », qui devient très vite sa marque. Largement reconnu en Russie, Lev Rubinstein a trouvé son public grâce à ses lectures-performances, à la publication de plusieurs volumes de textes sur fiches et de recueils de chroniques (Faits de langue), et grâce à la prise en charge de ses « textes » par le théâtre vivant. |
| Mme Olga Sedakova |
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Poétesse et philologue, Olga Sedakova enseigne aussi la littérature à l’université de Moscou. Dans les années 1970, l’école structuraliste de Tartu, que dirigeait Iouri Lotman, joue pour elle un rôle déterminant, ainsi que les travaux du philologue Sergueï Averintsev. Se rattachant à ce qu’on appelle alors la « seconde culture », ses poèmes ont d’abord circulé sous forme de Samizdat. Elle reçoit de nombreux prix de poésie : à Paris en 1990, en Italie en 1995, ainsi que le prix de la Société Soloviev en 1998 et le prix Soljenitsyne à Moscou en 2003. Le titre de docteur honoris causa lui a récemment été décerné par l’université de théologie de Minsk. Olga Sedakova reste l’une des figures de proue de la littérature russe contemporaine. |
Dans Voyage en Chine et autres poèmes Olga Sedakova raconte que dans ses débuts ses poèmes étaient imités de Mandelstam. « Mais elle a su rapidement trouver sa propre voie. La singularité de Sedakova, c'est qu'elle opère une synthèse très personnelle de la tradition, qu'elle connait à merveille, et de l'avant-garde russe et contemporaine. Ce qui attire vers elle des lecteurs si divers, c'est la précision, la souplesse et l'originale vigueur de son style. Elle pratique avec autant d'aisance le vers rimé et compté et le vers libre et y fait entendre partout une voix qui n'est qu'à elle » (préface de L.Robel).
Voyage à Tartu et retour
Traduit par Marie-Noëlle Pane et Philippe Arjakovsky, Clémence Hiver, 2005

Dans Voyage à Tartu et retour, Olga Sedakova apprend la mort de Youri Mikhaïlovitch Lotman en Estonie, dans la ville de Tartu, et décide de s’y rendre. Si l’URSS n’existe plus à cette époque (1993), traverser la frontière russo-estonienne demeure encore un voyage périlleux. Tout au long de son périple, Olga Sedakova révèle les empreintes laissées par le régime communiste, au travers notamment des hommes qu’elle rencontre et qui, chacun à sa manière, doivent réapprendre à être libre.Louis Castel a découvert l’œuvre d’Olga Sedakova et Voyage à Tartu grâce aux éditions Clémence Hiver : « Un livre de petit format, raconte-t-il, en même temps qu’un objet à faire rêver dès la couverture sur laquelle figure une carte avec des noms mystérieux comme Tartu. Toute carte cache et révèle un trésor, celle-ci plus que d’autres car la langue de Sedakova m’a parlé de la Russie dans son étendue, sa profondeur historique, c’est-à-dire dans son rapport au temps, à l’espace et aux mots. Et j’ai tout simplement envie de partager ce texte avec vous. »
| Mme Olga Slavnikova |
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Née dans les Monts Oural, Olga Slavnikova partage son temps entre plusieurs activités : journaliste, critique littéraire, éditeur à Moscou et membre du comité du prix Booker russe. Elle est l’auteur de quatre romans très remarqués : Une libellule de la taille d’un chien, Seulement dans le miroir et L’immortel, histoire d’un homme véritable et 2017, ses deux livres traduits en français et publiés aux éditions Gallimard. Ce livre lui vaut les applaudissements de la critique et des comparaisons flatteuses avec Nabokov. |
2017
Traduit par Christine Zeytounian-Beloüs, Gallimard, 2010

Le tailleur de pierre Krylov et l’énigmatique Tania, depuis leur rencontre sur un quai de gare, cherchent à préserver leur amour des contraintes de la société et du temps. Mais Krylov doit composer avec d’autres réalités : d’une part, il dépend toujours de son ex-épouse Tamara, une oligarque richissime ; d’autre part, il participe à une expédition illégale dans le but d’exploiter un gisement de diamants dans les montagnes de l’Oural. Ainsi, le destin de Krylov se lie inexorablement à celui de la Russie. Dans un climat lourd de menaces et d’angoisse, la grande ville ouralienne où vit Krylov se prépare à fêter le 100e anniversaire de la Révolution d’Octobre – nous sommes en 2017. L’événement trahit une société à jamais divisée, incapable de tirer les leçons du passé et prête à s’embraser à nouveau. Les défilés militaires en costumes d’époque donneront le signal d’une confrontation sanglante entre Rouges et Blancs… 2017 est un grand récit polyphonique, roman d’amour et fresque historique, qui fonctionne aussi comme une anti-utopie fantastique de la société russe. Finesse psychologique, force tragi-comique et dimension mythologique font de ce livre une œuvre d’une extraordinaire maturité.| Mme Natalia Sokolovskaïa |
Née à Leningrad, de 1978 à 1982, elle fait ses études à l’Institut Littéraire Gorki de Moscou, en section traduction littéraire. Elle se fixe ensuite en Géorgie, où elle travaille comme éditrice et traductrice (poésie géorgienne). Elle rentre à Saint-Pétersbourg en 1992. Elle est membre de l’Union des journalistes de Saint-Pétersbourg et de l’Union des écrivains de Russie et membre du Pen-club.Auteur de trois recueils de poèmes, La Nature de la lumière, Lettres non scellées, Anges pour toujours, et de deux romans, L’esclave littéraire et Les règles de l’amour, ses textes sont publiés dans les revues Novy Mir, Neva, Zvezda.
Elle est également l’auteur de scénarios et de recueils sur Chota Roustaveli et sur Olga Bergholtz. Prix Gogol (2008, 2011).
| Mme Tatiana Tolstoï |
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Née en 1951 à Leningrad, Tatiana Tolstoï est la petite-fille d’Alexis Tolstoï, écrivain officiel sous Staline. Elle publie ses premiers récits en 1983 dans les revues Aurore et Novy Mir. Son premier recueil de nouvelles Sous l’auvent doré, édité en 1987 à Moscou, connaît un immense succès en Russie. En 1998, ses articles, traduits en français pour la première fois, sont publiés dans un recueil Feu et Poussière chez Robert Laffont. Ses articles paraissent également aux États-Unis, en Italie, en Allemagne. |
Tatiana Tolstoï partage sa vie entre la Russie et les Etats-Unis, où elle enseigne la littérature et dirige des ateliers d’écriture à l’université de Saratoga. En Russie, elle présente une émission sur la chaîne russe Kultura.
Après treize années de travail, son premier roman Slynx, sort en France en 2002. Comparé à 1984 d’Orwell et à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, ce roman mêle mœurs et légendes de l’ancienne Russie, par une écriture flamboyante.
Le recueil Billets d’humeur incorrects, paru en France en 2002, est en grande partie composé des contributions de Tatiana Tolstoï à des journaux et revues russes.
Billets d’humeur incorrects
Traduit par Marianne Gourg, Robert Laffont, 2002

À la manière d’un Vladimir Nabokov, Tatiana Tolstoï pose sur le monde un regard acéré et inattendu. « J’ai travaillé pour Les Nouvelles de Moscou en 1991-1992, quand le régime soviétique était en train de vivre ses derniers jours. À cette époque, être journaliste avait un sens: il fallait réagir à toute vitesse aux changements en cours. Chaque semaine, chaque jour différait de ceux qui l’avaient précédé, la société était sous pression, tout le monde attendait des changements rapides et heureux pour une vie meilleure. En 1997-1998, le pays n’était plus le même, la société était à la fois beaucoup plus relax et plus individualiste. De nouvelles classes sociales étaient nées: la classe moyenne et la grande bourgeoisie. De nouveaux journaux étaient apparus sur le marché dont le Télégraphe russe, un journal qui accordait une large place à la culture. J’ai travaillé pour lui. J’étais libre de choisir le thème et le genre. Malheureusement, la crise d’août 1998 a mis un terme à l’existence du journal. Il n’avait duré qu’une année, mais il est encore considéré par bien des Russes comme le meilleur journal du pays.»Ces « billets d’humeur incorrects » sont en grande partie composés des contributions de Tatiana Tolstoï à ces deux journaux russes. Maniant avec brio la digression et l’humour au vitriol, l’auteur s’interroge, encore et toujours, sur les voies qu’emprunte la culture russe dix ans après la fin du communisme. Elle aborde des sujets aussi divers que l’enseignement, l’écriture, les jambes des femmes, la psychanalyse sauvage… D’une plume impertinente, qui oscille constamment entre parodie, autoparodie et émotion, Tatiana Tolstoï emprunte des chemins de traverse, saute d’un pays à un autre, survole les siècles. Sa vision paradoxale, acérée, dépoussiérante, vient métamorphoser le connu, désamorcer l’attendu, tour à tour charmant et désemparant le lecteur, enchanté de se laisser surprendre.



















